Combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi

Combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi ? (Mat.18 v.21)

 Lorsque Pierre pose cette question, c’est très certainement en réaction à ce qu’il vient d’entendre dire par le Seigneur : Jésus a enseigné comment il fallait se comporter à l’égard du frère qui a péché. Notons que les traductions diffèrent : selon les unes, il est question d’un frère qui a péché ; selon les autres, il est ajouté : « contre toi ». Jésus dit alors qu’il convient d’entreprendre une démarche pleine de discrétion et d’amour : « Va et reprends-le entre toi et lui seul ». L’objectif est de gagner le frère, c’est-à-dire de le ramener dans des voies droites, approuvées de Dieu. S’il refuse d’écouter, il faut persévérer dans la discrétion et l’amour en retournant le voir, en se faisant alors accompagner par un ou deux témoins. S’il s’obstine dans son péché, un péché grave en l’occurrence, l’Église est mise au courant et le pécheur impénitent peut être alors regardé, non plus comme un frère, mais comme un païen (v.15 à 18). Comprenons que cela ne signifie pas qu’il ne doive plus être aimé, puisque nous avons le devoir d’aimer tous les humains. Mais il est considéré comme quelqu’un qui a besoin de revenir à Dieu, quelqu’un qui n’a plus de communion (spirituelle) ni avec le Seigneur ni avec l’Église du Seigneur.

 

Jésus souligne alors que si les choses sont faites conformément à ses enseignements, la décision de l’Église est approuvée et validée dans le ciel ! Assurément, il est indispensable que les choses soient faites avec l’aide du Saint-Esprit, car c’est cela qui donne autorité. Le Seigneur poursuit son discours en déclarant que si deux ou trois s’accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée (v.19 & 20). Au travers de cela, le Seigneur insiste à nouveau sur le pouvoir accordé à l’Église, même si l’Église locale n’est composée que d’un très petit nombre de disciples. Ce qui est déterminant, c’est l’unité de l’Esprit !  

Évidemment, Satan fait tout ce qu’il peut pour que les chrétiens soient charnels plutôt que spirituels, sachant par ailleurs que, s’ils sont charnels, ils ne seront certainement pas vraiment unis…Pour comprendre cela, il suffit de voir quelles sont les œuvres de la chair, notamment « les rivalités, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes » (Ga.5 v.20). Pas de doute : il y a beaucoup de chrétiens charnels dans les Églises !

L’apôtre Pierre a écouté le Seigneur et il s’interroge alors au sujet du pardon. Il sait bien que le non-pardon est un obstacle majeur. Notamment, le non-pardon crée un obstacle dans la relation et empêche une véritable communion. Il ne nuit pas seulement à la communion entre frères, mais également à la communion avec Dieu ! Par ailleurs, il ne permet pas une juste appréciation des choses et il fausse donc les réactions (il peut, par exemple, conduire à des positions excessives). Mais un pardon systématique n’est-il pas dangereux ? Cela ne risque-t-il pas d’encourager le fautif à prendre ses offenses à la légère ? En définitive, cela ne nuira-t-il pas à l’Église ? Jésus a évoqué ceux par qui des scandales arrivent (v.7) : doit-on vraiment leur pardonner ?

Jésus dit à Pierre que le disciple doit être en mesure de pardonner, non pas seulement sept fois, mais jusqu’à quatre cent quatre-vingt-dix fois (v.22). Puis il évoque un homme qui a bénéficié d’une très grosse remise de dette et qui, sans tenir compte de la grâce qui lui avait été faite, a ensuite jeté en prison quelqu’un qui lui devait très peu et qui l’avait pourtant supplié afin qu’un délai lui soit accordé. Cet homme ingrat et méchant a finalement été livré aux bourreaux (v.21 35). Au travers de cela, Jésus invite donc les disciples à bien prendre conscience du fait que le pardon qui leur a été accordé par Dieu est absolument immérité ; s’ils ont bien compris combien cette grâce est imméritée, ils sont alors en mesure de pardonner aux hommes. S’ils ne pardonnent pas, c’est qu’ils n’ont pas vraiment changé de nature !

Mais alors, comment concilier le pardon et la discipline ecclésiale ? Et puis, peut-on pardonner à celui qui n’invoque pas notre pardon ? Il se peut même que quelqu’un refuse notre pardon ! Comment faire à l’égard de ceux qui sont continuellement des pierres d’achoppement et qui contribuent à la perte d’un grand nombre d’humains ?

Nous devons comprendre que le Seigneur insiste afin que nous poursuivions toujours le bien. Lorsqu’il enseigne comment nous devons agir à l’égard de celui qui pèche, il est clair que le but poursuivi doit être de gagner le frère (voir v.15). La discipline poursuit également cet objectif. C’est ce que l’apôtre Paul a su recommander à l’église de Corinthe (I Cor.5) et cela a abouti à la restauration de celui qui avait pêché (II Cor.2 v.1 à 11).

Nous devons toutefois comprendre que nous ne pouvons pas pardonner à la place d’un autre. Nous ne pouvons pas non plus imposer le pardon aux autres. Nous devons alors enseigner ce qu’est le pardon et quels en sont les effets bénéfiques.

Réalisant combien il peut être difficile de pardonner, « les apôtres dirent à Jésus : Augmente-nous la foi » (Luc 17 v.5). Certains chrétiens disent qu’ils ne peuvent pas pardonner. Or, puisque le Seigneur demande de pardonner, il donne la capacité de faire ce qu’il ordonne : il faut donc venir à lui avec foi ! Hélas, certains chrétiens n’ont pas l’intention de pardonner. Ils sont finalement perdants : le refus de pardonner entretient des amertumes qui font mal à l’âme. Par ailleurs, les pertes sont importantes dans le domaine spirituel puisque Dieu désapprouve le refus de pardonner ! La foi fait triompher (cf. I Jean 5 v.4), y inclus dans le domaine du pardon. C’est la raison pour laquelle les apôtres ont bien compris qu’ils avaient besoin d’une plus grande foi.

Le pardon n’exclue pas la discipline. Le roi David méritait la mort pour avoir commis l’adultère et un meurtre. Parce qu’il s’est sincèrement repenti, Dieu lui a pardonné, mais il ne l’a pas dispensé de la discipline. David a alors connu de grands troubles dans sa maison. La discipline était juste, nécessaire et bénéfique, tant pour le roi que pour le peuple qui avait eu connaissance de la faute du roi et qui aurait pu être tenté de se relâcher s’il lui avait semblé que le péché était trop facilement pardonné, sans aucune conséquence fâcheuse !

Lorsque nous pardonnons à celui qui a péché, cela ne signifie absolument pas que nous approuvons ses actes. Sur la croix, Jésus a demandé au Père de pardonner ceux qui le crucifiaient : il ne niait évidemment pas la gravité de leur faute, mais il voulait que Dieu leur permette d’accéder à la repentance. Sans pardon, il n’y aurait plus eu aucune chance de salut pour eux ! Bien entendu, le fait que leur acte coupable ait pu être pardonné ne leur accordait pas le salut : en effet, il faut qu’il y ait repentance et foi dans le Seigneur ! Ainsi donc, lorsque nous pardonnons, nous prions également afin que celui qui pèche parvienne à la repentance, afin qu’il soit sauvé. Ainsi, nous manifestons et démontrons que nous savons ce que représente la grâce, et que nous croyons à l’efficacité de la grâce.

Le pardon est de Dieu, tandis que le refus de pardonner sert le diable ! Il faut choisir son camp ! Comprenons que l’homme qui a jeté son compagnon en prison s’est comporté de manière insensée : son mauvais comportement lui a finalement coûté fort cher !

Lorsque Jésus évoque la prière émanant de deux ou trois qui sont d’accord, comprenons bien qu’ils ne sont pas seulement d’accord au sujet de la chose demandée, mais également unis…Si cela a été nécessaire, ils se sont pardonnés mutuellement ! Les refus de pardonner sont des obstacles et cela explique sans doute pourquoi il y a tant de prières qui ne sont pas exaucées…