LA COMMUNION FRATERNELLE

LA COMMUNION FRATERNELLE  

Le livre des Actes nous indique que les disciples persévéraient (notamment) dans la communion fraternelle (2 v.42). Le mot grec employé est « koinônia », un mot qui fait partie d’une famille de mots très riche. Nous allons nous intéresser à quelques mots dérivés du radical « koinôn ».

Lire I Jean 1 : Le but que l’apôtre s’est assigné, c’est d’amener ses lecteurs à la communion de l’église (avec nous), laquelle esten communion avec le Père et avec son Fils. C’est indissociable : être en communion avec le Père et le Fils implique le fait d’être en communion avec l’Église ! Mais si quelqu’un se dit en communion alors qu’il vit dans le péché, c’est un menteur (v.6), car Dieu est lumière et les disciples doivent marcher dans la lumière. On peut donc être présent dans l’assemblée sans être en véritable communion :

 

-          Soit parce qu’on ne confesse pas Jésus,

-          Soit parce qu’on demeure dans le péché.

Le terme employé et traduit par le mot « communion » contient l’idée d’une possession commune, d’une association, d’un partage. Ce terme pouvait s’employer dans les affaires : Jacques et Jean étaient associés à Pierre en qualité de pêcheurs (ils mettaient en commun leurs efforts et les résultats de leurs efforts). La communion entre chrétiens veut dire que tous participent à la vie de Christ mais elle implique également un partage, une solidarité. C’est très exactement ce qui se pratiquait au début de l’Église : « Tous ceux qui croyaient étaient dans un même lieu, et ils avaient tout en commun » (Actes 2 v.44) ; « Nul ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais tout était commun entre eux » (Actes 4 v.32). De même que les Israélites devaient se souvenir que la terre ne leur appartenait pas, puisqu’elle appartenait à Dieu, les 1ers chrétiens reconnaissaient que leurs biens étaient à Dieu…

L’apôtre Paul écrit aux Philippiens qu’ils participent à la même grâce que lui (1 v.7) [« sunkoinônoi »]. On peut traduire qu’ils sont « en communion en l’Évangile ». À première lecture, on pourrait penser que l’apôtre fasse seulement référence au salut commun, mais le contexte de la lettre nous permet de comprendre que Paul voit dans la participation à la même grâce le fait que les Philippiens se montraient solidaires de l’apôtre, non pas seulement en paroles et en prières, mais également en actes, leurs actes prouvant la sincérité de leur amour !!!

« Jacques, Céphas et Jean, qui sont regardés comme des colonnes, me donnèrent, à moi et à Barnabas, la main d’association (« Koinônia »), afin que nous allions, nous, vers les païens, et eux vers les circoncis. Ils nous recommandèrent seulement de nous souvenir des pauvres, ce que nous avons eu bien soin de faire » (Gal.2 v.9 & 10). Ayant reconnu le ministère de Paul et de Barnabas, les apôtres ont tendu la main en signe de communion ; remarquons que la recommandation qu’ils ont donnée a un rapport avec la notion de communion : avoir soin des pauvres fait partie de la communion fraternelle ; elle en constitue une preuve. Aux anciens d’Éphèse, Paul a dit : « Vous savez vous-mêmes que ces mains ont pourvu à mes besoins et à ceux des personnes qui étaient avec moi. Je vous ai montré de toutes manières que c’est en travaillant ainsi qu’il faut soutenir les faibles et se rappeler les paroles du Seigneur, qui a dit lui-même : Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Actes 20 v.34 & 35). Bel exemple de solidarité fraternelle : cet homme ne travaille pas pour lui seul, mais pour assister les autres !

Au sujet de la collecte qui a été effectuée parmi les églises en faveur des saints de Judée, on retrouve l’emploi de termes dont la racine est « koinôn ». Dans II Cor.8 v.4, il est question d’assistance ou plutôt de « participation », et dans II Cor.9 v.13, de secours ou plutôt de « mise en commun » ou partage (Chouraqui). L’apôtre Paul voit dans cette générosité la preuve de l’obéissance à l’Évangile : « En considération de ce secours dont ils font l’expérience, ils glorifient Dieu de votre obéissance dans la profession de l’Évangile de Christ » (II Cor.9 v.13). La communion avec le Père, le Fils et l’Église est démontrée par les actes de solidarité.

L’apôtre estime qu’il est légitime que les églises d’origine païenne soutiennent les églises de Judée : « Car la Macédoine et l’Achaïe ont bien voulu s’imposer une contribution en faveur des pauvres parmi les saints de Jérusalem. Elles l’ont bien voulu, et elles le leur devaient ; car si les païens ont eu part à leurs avantages spirituels, ils doivent aussi les assister dans les choses matérielles » (Rom.15 v.26 & 27). Paul estime que c’est un devoir, on pourrait dire un juste retour : dans la communion nouvelle en Jésus, les païens ont reçu des Juifs les bienfaits spirituels, ils peuvent donc bien donner matériellement ! Il est intéressant de constater qu’il est écrit littéralement que les églises de Macédoine et d’Achaïe ont « fait une communion pour les pauvres » ; elles ont eu part (« ekoinônèsan ») aux bénédictions spirituelles et elles assistent, apportent une contribution dans les biens naturels. Cela ne se fera-t-il pas tout simplement par reconnaissance à l’égard du Seigneur ?

« Pourvoyez aux besoins des saints » (« koinônountes » - prenez-part, soyez solidaires, venez en aide). « Exercez l’hospitalité » (Rom.12 v.13) ; l’hospitalité fait certainement partie de la communion fraternelle. Paul écrit à Timothée : « Recommande aux riches du présent siècle…de faire du bien, d’être riches en bonnes œuvres, d’avoir de la libéralité, de la générosité » (« koinônikous »), littéralement « prêts à partager » (I Tim.6 v.18).

Nous comprenons que la communion fraternelle ne peut se réduire à quelques embrassades ni au fait de dire que nous faisons partie de la même communauté : la communion fraternelle biblique se traduit par des actes de solidarité, de générosité, de don de soi pour les autres, de dépenses pour les autres ! Elle ne se limite pas à l’église locale, même si elle doit certainement commencer par-là, mais elle s’étend à l’église universelle.